Je pars

De ce hublot qui en douceur crépite,
J’observe le temps à l’humeur labile,
Tandis qu’à tous ceux qu’aujourd’hui je quitte,
J’adresse un flot de pensées volubiles.

Dans l’écrin de mon crâne – nos souvenirs.
Dans le creux de mon âme – vos regards.
Vous, qui seuls avez su me faire rire !
Que j’aime ! Comprendrez-vous pourquoi je pars ?

S’élèvent dans les airs mes ailes de fer.
Sans un dernier regard pour mon pays,
Je m’envole à l’abris de la bruine, Fière,
Loin de ce crachin qu’ici est ma vie.

Fantômes

Ils sont une nuque nue, sur laquelle tombe
Des rayons dardant de chevelure blonde ;
Ils sont des yeux de ciel desquels on décerne
Une pétulance ardente, et quelques cernes ;

Ils sont une fine démarche féline et fluide,
A l’effet entremêlé : brûlante et humide ;
Ils sont des fantômes enfantés par des rien,
Par la lueur vide d’un bougeoir d’étain éteint ;

Ils sont des corps creux et morts qu’aimer trop étreint,
Des ombres de toi dans les quais, métros et trains.
Ils sont ceux dans lesquels mon âme entière s’enlise,
Qui, habitant de mon crâne eux-même s’Elise.

Impermanence

Sous mes yeux, l’agonie d’une chute.
Dans un linceul noir de pourrissement
Une feuille – minuscule parachute -,
Volette seule, vers ses anciens amants.

La brise chuchotante la chahute :
Charriée en volutes sous l’emprise du vent
Elle achève trois trop courtes culbutes
Sur le charnier de ses amis d’antan.

L’écorce écorchée, me toise un tilleul.
Dans sa langue, avec tact, je le questionne :
Pourquoi vivre, quand d’un cycle de deuil

Les folles saisons frappent tes filleules ?
La feuillaison, me dit-il, suit l’automne,
Comme pour toi le bonheur suit les écueils.

Défaites

Tes victoires prostrées, tremblent sous ta peau
Prosternées, crèvent une à une face à bourreaux :
Tes Défaites, conquérantes, guillerettes, te trépanent,
Crissent affreusement dans la crasse acre de ton crâne,

Croquent cru de leurs crocs écrus ou mettent à pic,
Les têtes de tes victoires qui abdiquent.
Vicieuses, Elles salent le sol et souillent les corps
De celles, si belles, qui furent tes ” Encore ! “.

S’infiltrent dans tout ton cortex tels des insectes
Les sons de leurs trompettes, victorieuses et infectes
S’y délectent du règne de leurs Vérités,
Qu’Elles dégueulent de leurs lèvres malformées.

Elles sont subreptices, dégueulasses et rances,
Douces, t’assujettissent à de lasses errances.
D’écrous apathiques elles serrent les vices
Alors que – ne le vois-tu ? – par toi seules sévissent !

L’eau vie

Comme ces trois vertes voiles
Un secret dans les toiles
Dominées par les mains
D’un vent calme et serein

Comme l’eau vie et chante
Dans le bateau s’engouffre
Va et vient dans la fente
D’une coque qui souffre

Comme une vie au leurre
Où dormait le mensonge
Sans bruit ni couleurs
Sont désormais tes songes

Comme un violent ciment
Qui bride ta trachée
Abrite en ce moment
Des demi-mots cachés